Cela faisait quatre ans que je n'avais pas passé Noël avec ma mère. Quatre ans que mes appels restaient sans réponse, que mes cartes revenaient sans un mot. Ma sœur Nathalie, qui vit avec elle près de Strasbourg, me répétait toujours la même chose au téléphone : « Maman ne veut plus te voir, laisse-la tranquille. »
Cette année, la veille de Noël, je n'ai pas pu me retenir. J'ai pris la voiture avec mes cadeaux et un paquet de gâteaux maison, et j'ai sonné à la porte. Nathalie a ouvert, le visage fermé. Avant même que je puisse dire bonjour, elle a attrapé les sacs de cadeaux et les a jetés dans la neige, les emballages éparpillés sur les marches : « Reprends tes cadeaux, tu n'es plus la bienvenue ici ! »
Debout dans le froid, les larmes gelées sur les joues, j'ai répondu d'une voix cassée : « C'est Maman qui ne répond plus à mes appels, pas moi ! »
Alors une silhouette est apparue derrière ma sœur, s'appuyant sur un déambulateur, dans sa robe de chambre rose. Ma mère, que je n'avais pas vue depuis si longtemps, a murmuré, bouleversée : « Valérie ? Personne ne m'a dit que tu avais appelé ! »
Nathalie a ouvert la bouche, puis l'a refermée. Maman, d'une voix tremblante, a demandé qu'on lui explique. Et Nathalie, acculée devant sa mère en robe de chambre et sa sœur en larmes, a fini par avouer : depuis quatre ans, elle interceptait tous mes appels, tous mes courriers. Le téléphone fixe de Maman, elle l'avait débranché et rangé dans un tiroir de sa chambre, en disant à Maman que je ne cherchais plus à la joindre, et à moi, que Maman refusait de me parler.
Pourquoi ? Parce qu'après la mort de papa, Nathalie avait peur que je prenne la place qu'elle s'était construite auprès de Maman, et peut-être l'argent qu'elle lui rapportait chaque mois avec une légère « commission ». Elle s'était persuadée qu'elle protégeait Maman. En réalité, elle avait volé quatre ans de vie à nous trois.
Maman s'est avancée sur le seuil malgré le froid, a posé ses mains sur mon visage mouillé et m'a serrée si fort que j'en ai eu le souffle coupé. Elle n'a rien dit à Nathalie : elle a simplement désigné la porte, comme on désigne la sortie à quelqu'un qu'on ne reconnaît plus. Nathalie est partie dormir chez une amie, et nous avons ramassé ensemble les cadeaux dans la neige.
Ce soir-là, j'ai ouvert un paquet avec Maman à côté de moi, un vieux châle qu'elle avait tricoté pour moi il y a quatre ans, et qu'elle n'avait jamais pu m'envoyer.


