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La cave d’Auguste : ce que l’oncle Régis ne voulait pas qu’on voie

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La cave d’Auguste : ce que l’oncle Régis ne voulait pas qu’on voie

Mon père, Auguste, a bâti son restaurant à Lyon pendant trente ans, un plat après l'autre. À sa mort, il y a quinze jours, je pensais que le plus dur était de faire le deuil. Je n'avais pas imaginé que mon oncle Régis n'attendrait même pas l'enterrement des cendres pour venir réclamer ce qui ne lui appartenait pas.

Ce soir-là, en plein service, il est entré dans la cuisine comme un propriétaire. D'un seul geste de l'avant-bras, il a balayé les casseroles et les assiettes dressées du passe, qui se sont écrasées sur le carrelage devant toute l'équipe. Puis il a tendu la main vers moi, le regard dur : « Cette cuisine est à moi maintenant, donne-moi la clé de la cave ! »

Je serrais la petite clé en laiton que papa m'avait confiée, suspendue à mon cou depuis son dernier jour. Les larmes aux yeux, j'ai répondu : « Papa m'a laissé une seule clé, et elle n'ouvre pas ce que tu crois. »

C'est alors que la porte de la chambre froide s'est ouverte brusquement. Mireille, notre cheffe de partie depuis vingt-cinq ans, est apparue au milieu de la cuisine silencieuse : « Régis, ouvre la cave devant tout le monde, Auguste m'a tout dit ! »

Régis a pâli d'un coup. Il a essayé de rire, de dire que la cave n'était qu'un débarras, que Mireille racontait n'importe quoi. Mais toute l'équipe s'était rassemblée autour de nous, et personne ne reculait. Mireille m'a prise par le bras et m'a conduite dans l'escalier de pierre, la clé en laiton dans ma main, Régis traînant derrière, de plus en plus pâle.

La serrure a tourné sans effort. Dans la cave voûtée, il y avait des centaines de bouteilles couchées sur des étagères de chêne, chacune avec une étiquette à mon nom, écrite de la main de papa : les grands crus qu'il avait mis de côté pendant trente ans pour que, le jour où je reprendrais la maison, j'aie de quoi la faire tenir. Mais les étagères du fond étaient vides. Des dizaines d'emplacements, soigneusement nettoyés, alignés comme des dents manquantes.

Mireille m'a expliqué que depuis un an, Régis descendait seul la nuit « faire l'inventaire », et que papa avait fini par comprendre pourquoi son vin disparaissait. Il avait alors décidé de n'en parler à personne, de confier la clé à sa fille, et de tout dire à Mireille au cas où il lui arriverait quelque chose. Face aux étagères vides, face à vingt visages silencieux, Régis n'a trouvé aucun mot. Il a murmuré qu'il comptait tout racheter, puis il a pris son manteau et il est parti sans se retourner.

Nous avons rouvert le restaurant le lendemain soir. Mireille a pris la cuisine en main avec moi, nous avons mis à la carte les bouteilles qui restaient, et chaque soir, avant le service, je descends à la cave poser ma main sur l'étiquette de papa.

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