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Le vendeur de ballons du Jardin des Plantes

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Le vendeur de ballons du Jardin des Plantes

« Gâteux ! Tes ballons crevés salissent mon jardin ! »

Je m'appelle Gaston. J'ai quatre-vingt-deux ans et, depuis trente ans, je vends des ballons au Jardin des Plantes de Toulouse, tous les dimanches. J'ai un vieux chariot en bois, un nœud papillon rouge et un chapeau de paille.

Sur le côté du chariot, il y a toujours un petit sifflet en bois sculpté, accroché à une ficelle. Les enfants me demandent souvent s'ils peuvent souffler dedans. Je dis toujours oui.

Ce dimanche-là, le soleil d'octobre éclairait le bassin et les canards. Des familles se promenaient sur les allées de gravier. Le nouveau gardien du parc est venu vers moi, un long bâton à la main.

Il trouvait que les ballons crevés salissaient ses pelouses. Il ne m'a pas laissé le temps de répondre. Il a percé plusieurs ballons avec la pointe de son bâton, puis il a donné un coup de pied dans mon chariot.

Les ballons se sont envolés, le sifflet est tombé sur le gravier. Une fillette s'est mise à pleurer. J'ai serré les derniers fils dans ma main et j'ai dit :

« J'amuse les enfants de ce parc depuis trente ans. »

Il a parlé de retirer mon autorisation. Il a ramassé le sifflet pour le jeter, a vu les petites étoiles sculptées sur le bois, et a pâli : « Ce sifflet… vous me l'aviez donné au foyer, quand j'avais six ans ! »

J'ai regardé ce grand homme en uniforme vert. Et soudain, j'ai revu un petit garçon silencieux assis au fond d'une salle de jeux.

Il y a trente-cinq ans, j'étais bénévole dans un foyer de l'enfance, à Toulouse. Chaque mercredi après-midi, j'y apportais mon couteau de poche et des morceaux de bois. J'apprenais aux enfants à sculpter, et je leur racontais des histoires.

Il y avait là un petit garçon de six ans, Nicolas. Ses parents étaient morts dans un accident de voiture. Depuis, il ne disait plus un mot. À personne. Il restait assis dans un coin, à regarder par la fenêtre.

Pendant des semaines, je me suis assis près de lui. Je sculptais en silence, sans rien lui demander. Un jour, je lui ai tendu un petit sifflet que je venais de finir, décoré d'étoiles.

Je lui ai dit : « Chaque fois que tu te sens seul, souffle dedans. Quelqu'un t'entendra. » Il a pris le sifflet, il l'a regardé longtemps.

Le mercredi suivant, quand je suis arrivé, j'ai entendu un sifflement dans le couloir. Nicolas courait vers moi. Et pour la première fois depuis des mois, il a parlé. Il a dit : « Tu es revenu. »

Quelques mois plus tard, une famille l'a adopté. Il est parti dans le Gers. Pendant le déménagement, le sifflet a été perdu. Moi, j'ai gardé le modèle, et chaque année, j'en sculpte un nouveau pour mon chariot.

Nicolas est resté immobile, le sifflet entre les doigts. Puis il a lâché son bâton, et il a couru après les ballons qui flottaient encore bas, au-dessus du bassin. Il en a rattrapé trois.

Il en a offert un à la petite fille qui pleurait. Puis il est revenu vers moi, et devant les familles, il m'a présenté ses excuses. Il a dit qu'il avait cherché ce sifflet pendant des années, et qu'il avait cru avoir rêvé ce vieux monsieur.

Il a retiré la demande de suppression de mon autorisation le jour même. Il a même fait installer, près du bassin, un petit panneau pour indiquer mon emplacement du dimanche.

La semaine suivante, je lui ai sculpté un nouveau sifflet, avec des étoiles, comme autrefois. Il l'a offert à sa fille, qui a six ans.

Depuis, chaque dimanche, elle vient me voir avec son père. Elle siffle de toutes ses forces, et les canards s'envolent du bassin.

Un petit morceau de bois ne coûte rien. Mais il peut rendre la voix à un enfant qui l'avait perdue.

Et vous, gardez-vous un objet qu'on vous a offert quand vous étiez enfant ?

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